Deux ans après avoir fait le test, l’entraineur ivoirien de l’AS Kaloum, Lacina Koné, vient d’obtenir la licence A CAF. Dans une interview accordée à notre rédaction cette semaine, ce technicien connu pour sa capacité à relever les grands défis, parle notamment de sa licence A CAF, de sa saison avec l’AS Kaloum, du niveau du championnat guinéen et du football ivoirien.

Guineesports.net : Vous venez d’obtenir la licence A CAF. Qu’est-ce que cela vous inspire comme réaction ?

Lacina Koné : En tant qu’entraineur, je suis très content d’avoir la licence A CAF, parce qu’elle me permet de grandir. Je ne peux que remercier mes ainés de la Direction technique de la Fédération ivoirienne de football, à commencer par Tiegbe Koné, Yéo Martial et tout le staff. Je remercie également la DTN de la Guinée dirigée par Souleymane Chérif, qui m’a bien accueilli, sans oublier Savané ou encore le Président et le Secrétaire général de l’AS Kaloum, qui étaient aussi contents de ma venue à Kaloum. Il faut rappeler que nous avons fait le test en 2016 et il fallait être patient. Finalement, le diplôme est arrivé et je suis très content, comme je l’ai dit tantôt. Bien avant, j’avais la licence A fédéral et la licence UEFA B obtenue à Amsterdam. J’avais suivi également un stage à Clairefontaine, en compagnie de quatre autres ivoiriens.

Après un  début catastrophique en Ligue 1 Pro, l’AS Kaloum a finalement terminé à la quatrième place du championnat après votre arrivée. Comment expliquez-vous cette révolution ?

La remontée n’a pas été facile. L’AS Kaloum est une grande équipe à la dimension d’autres clubs que j’ai eu à diriger, comme le Stade Malien de Bamako, l’Africa Sports d’Abidjan, l’ASFA Yennenga du Burkina Faso ou encore Panthers de Guinée Equatoriale, avec beaucoup de pression. Quand je suis arrivé à l’AS Kaloum en provenance de Rivers du Nigeria, qui a joué la Champion’s League, j’ai constaté que l’AS Kaloum ne marquait pas et encaissait beaucoup. Nous étions ainsi en face de deux situations. Par expérience, j’ai sauvé déjà des clubs qui étaient dans des situations très difficiles, comme l’ASFA Yennenga. Je suis passé par les raccourcis avec l’aide d’un jeune qui m’a beaucoup aidé, qui n’est autre que l’entraineur Sam Diallo, qui a beaucoup d’avenir. Grâce à cette solidarité, nous avons trouvé rapidement des solutions, en injectant l’esprit gagneur aux jeunes, en faisant confiance à six Juniors, surtout que dans l’effectif,  12 joueurs seulement étaient à la hauteur. Les résultats ont commencé à suivre après la défaite face au Horoya AC, lors de mon premier match (2-1, NDLR), avec quatre victoires d’affilée. Cela démontrait que l’équipe avait progressé sur le plan tactique. Avant la phase retour, nous avons enregistré des blessés et des malades et le club a tâtonné un peu. Mais lors de la phase retour, nous avons pu redresser la barre avec une belle série de neuf victoires et un seul but encaissé lors de notre large victoire face à Wakriya AC, 4-1. L’AS Kaloum a notamment battu le Horoya AC lors du derby retour.

Justement, comment avez-vous vécu ce succès lors du derby face au Horoya AC, qui a suscité beaucoup de joie au niveau des supporters kaloumistes ?

Ce match était très attendu, surtout que tout le monde a vu comment l’AS Kaloum a perdu face au Horoya AC lors du match aller, avec ces erreurs de jeunesse. J’ai senti que nous pouvions faire un bon résultat en changeant de stratégie, en mettant en place un système de jeu basé sur le 3-4-3. Nous avons quadrillé le terrain, en réduisant les espaces par ce que le jeu du Horoya AC qui est une grande équipe, est basé sur des courses croisées. La force du Horoya AC, c’est le milieu et les côtés. Nous avons expliqué aux joueurs ce qu’ils doivent faire pour gagner et les fautes qu’ils ne doivent pas commettre. Nous avons bien négocié le match et la victoire de l’AS Kaloum était méritée. Il y a eu également un bon arbitrage et je remercie au passage l’arbitre de cette rencontre, qui a été très honnête. Il fallait vraiment cette victoire face au Horoya AC pour soulager tout le monde. L’AS Kaloum est comme l’Africa Sports, quand il y a défaite, la division s’installe avec plusieurs camps et groupes. Cette victoire face au Horoya AC a rassemblé tous les supporters de l’AS Kaloum et ils étaient très contents. Nous disions toujours aux joueurs que les mêmes qui vous insultent, ce sont les mêmes qui vont vous soulever quand il y a victoire. Je remercie au passage les ténors comme le capitaine Diatta, Thiam Garantie et Becken qui m’ont beaucoup aidé pour l’instauration de la discipline au sein de l’équipe. Voici le parcours de l’AS Kaloum et je suis sûr que si le championnat continuait nous aurions pu occuper la seconde place. Je remercie le Seigneur, les responsables du club, les membres du staff technique, les joueurs et les supporters qui ont toujours été à nos côtés. J’ai appris aussi à connaître le président de l’AS Kaloum, Aboubacar Sampil, qui est un passionné du football. Il s’investit beaucoup pour que le club avance et la seule manière de le remercier, c’est de permettre à l’AS Kaloum d’obtenir de bons résultats. Comme au Burkina, je suis venu pour me faire connaitre en Guinée et partir.

Quelles appréciations faites-vous du niveau du championnat de Ligue 1 Pro, en ce qui concerne cette saison sportive qui vient de s’achever ?

Je pense que le niveau du championnat guinéen a progressé notamment sur le plan tactique. Même le dernier du championnat est difficile à battre sur le terrain. C’est dire que tous les présidents et les entraineurs se battent pour obtenir des résultats. Des clubs comme le Gangan FC qui a gardé presque le même effectif pendant quatre ans, sont difficiles à battre. Je félicite beaucoup mes collègues, parce que chacun se bat à sa manière pour atteindre son objectif. Je remercie le Seigneur parce que j’ai été désigné meilleur entraineur de la saison par la Ligue guinéenne de football professionnel et j’encourage les autres entraineurs du championnat.

En Coupe nationale, l’aventure a été très courte pour l’AS Kaloum, qui a été éliminée en huitièmes de finale par Manden FC de Siguiri, qui évolue en Division nationale. Comment expliquez-vous cette élimination prématurée ?

Il y a beaucoup de facteurs qui expliquent cette élimination prématurée de l’AS Kaloum, dont l’ambition était de remporter la Coupe nationale. Pour moi, c’était la première fois d’aller jusqu’à Siguiri et il y a eu beaucoup de choses avant que l’équipe n’arrive à destination. Nous avons eu deux accidents sur la route, à Cobayah et là où le pont est tombé, sans oublier que l’environnement à Siguiri n’était pas favorable, ainsi que la fatigue. Du point de vue administratif, il y a eu également un manque de rigueur, surtout que les licences de certains joueurs de Siguiri n’étaient pas dans les normes. Nous avons fait une plainte à la Féguifoot, alors que nous avons mis RAS sur le document. La Féguifoot a finalement tranché en faveur de Manden FC. Sur le terrain, nous avons marqué un but et l’arbitre l’a refusé, alors que le but était régulier à mon avis. Voilà comment le parcours de l’AS Kaloum s’est arrêté.

Votre aventure avec l’AS Kaloum va-t-elle se poursuivre pour la nouvelle saison sportive ?

J’étais venu pour une mission et j’ai pu relever le défi. Ce n’est pas normal que l’AS Kaloum joue les seconds rôles dans le championnat guinéen. J’ai vu les joueurs qui ont disputé le championnat et j’ai repéré des joueurs à l’étranger. Mais pour que le club puisse jouer les premiers rôles, il faut beaucoup de moyens pour recruter les bons joueurs qui vont épauler les jeunes qui sont là. Ce qui, sans doute, permettra à cette formation d’atteindre son objectif. Dans les prochains jours, je vais échanger avec la direction de l’AS Kaloum sur certaines  choses et s’il y a entente nous pourrons continuer l’aventure ensemble. Pour préparer la nouvelle saison, il faut s’y prendre tôt, dans la mesure où la préparation d’avant saison exige au moins six semaines de travail et 10 matches  amicaux. Dans ces conditions, le club peut aborder la saison avec sérénité.

Le football ivoirien traverse une mauvaise passe actuellement, avec les résultats calamiteux des différentes sélections nationales. Comment expliquez-vous cet état de fait ?

Effectivement, il y a une génération qui est passée avec Abdoulaye Traoré, Amani Yao et compagnie. Aujourd’hui, il y a un phénomène de centres de formation qui a envahi les pays de l’Afrique de l’Ouest. Dès qu’un joueur sort du lot, il est vendu en même temps. Comment peut-on avancer ? C’est un peu difficile. Le problème de la Côte d’Ivoire réside dans la vente rapide des joueurs. Au niveau des Eléphants A, il y a eu un changement avec l’arrivée de Kamara Ibrahim, qui a été longtemps adjoint. Il connait bien la maison et nous le soutenons, dans la mesure où s’il réussit sa mission, ce sera une bonne chose pour tous techniciens ivoiriens. J’étais adjoint à Yéo Martial qui a remporté la CAN de 1992 au Sénégal. Cela prouve que les techniciens locaux possèdent certaines compétences. Encore une fois, je souhaite bonne chance à Kamara Ibrahim.

Propos recueillis par

Mamoudou Bory Bah